| Date : 24/11/98
Pierre Lévy : lintelligence collective Biographie
Né le 2 Juillet 1956 à Tunis, Pierre Lévy a complété des études d'histoire, puis d'histoire des sciences. Il a découvert sa vocation de chercheur en suivant les cours de Michel Serres à la Sorbonne. Il a rédigé une thèse de sociologie sur l'idée de liberté dans l'Antiquité avec Castoriadis à l'EHESS (1983). Ensuite, il a fréquenté les cours du soir du CNAM en informatique. Très tôt convaincu du rôle capital des techniques de communication et des systèmes de signes dans l'évolution culturelle en général, il s'est donné pour première tâche de penser la "révolution numérique" contemporaine sur les plans philosophique, esthétique, éducatif et anthropologique. Il a travaillé pendant deux ans (1984/1985) au CREA de l'École Polytechnique sur la naissance de la cybernétique et de l'intelligence artificielle. Il a participé, avec l'équipe réunie autour de Michel Serres, à la rédaction des "Éléments d'histoire des sciences" (1989) où il signe le chapitre sur l'invention de l'ordinateur. Il publie un premier ouvrage, "La machine Univers" (1987) sur les implications culturelles de l'informatisation et ses racines dans l'histoire de l'Occident. Il a séjourné pendant deux ans au Québec (1987/1989), où il était professeur invité au département de communication de l'Université du Québec à Montréal. Il en profita pour améliorer ses connaissances en sciences cognitives et découvrir le monde naissant de l'hypertexte et du multimédia interactif. Son deuxième ouvrage "Les technologies de l'intelligence" a été le fruit de son expérience en Amérique du Nord. Revenu en Europe, il a imaginé une forme d'écriture iconique et interactive sur écran d'ordinateur. Quelle écriture aurions-nous inventée si nous avions disposé de supports dynamiques et interactifs plutôt que d'un support fixe ? Vraisemblablement une écriture qui ne note pas le son, comme l'alphabet, mais les modèles mentaux. Son livre "L'idéographie dynamique" fonde un tel système de signes, qui systématise aussi bien l'usage des simulations graphiques interactives dans la recherche scientifique, que celui (méprisé et décrié) des jeux vidéos. Il a enseigné les technologies pour l'éducation et les sciences cognitives à Nanterre (1989/1991). À la même époque, il devient membre du comité de rédaction de la revue Esprit. Dès 1990, il a dirigé, avec Michel Authier, une série de recherches et de réflexions sur les nouvelles formes d'accès au savoir permises par les instruments numériques. Ils ont abouti ensemble au concept de "cosmopédie" : encyclopédie en forme de monde virtuel qui se réorganise et s'enrichit automatiquement selon les explorations et les interrogations de ceux qui s'y plongent. Il a participé avec Michel Authier aux travaux de la "Mission Serres" sur l'enseignement à distance, lancé par le premier ministre français Edith Cresson (1991/1993). Il a contribué à l'invention d'une application particulière de la cosmopédie : le système des "arbres de connaissances". Il s'agit d'un système ouvert de communication entre individus, formateurs et employeurs, permettant de reconnaître la diversité des compétences des personnes, de réguler apprentissages et formations, et de rendre visible par une cartographie dynamique "l'espace du savoir" de groupes humains (écoles, entreprises, bassins d'emplois) sans pour autant attenter à la vie privée des individus. Le projet des arbres de connaissances est décrit dans l'ouvrage du même nom, co-signé avec Michel Authier et préfacé par Michel Serres (1992). Ensuite, il a publié "De la programmation considérée comme un des beaux-arts" (1992) qui analyse sur quatre cas concrets les actes cognitifs et sociaux mis en oeuvre par les programmeurs : l'informatique n'est pas la technique froide que l'on imagine. Depuis 1993, il est invité à titre de professeur au département Hypermédia de l'Université Paris-8 à St-Denis. Il a publié en 1994 un ouvrage sur l'intelligence collective, qui lui semble la seule utopie à opposer aux malheurs contemporains et le meilleur usage possible des technologies de communication interactives. L'année suivante, il a analysé dans son livre "Qu'est-ce que le virtuel?", la mutation contemporaine du corps, de la culture et de l'économie. Contrairement à certains points de vue catastrophiques, cet ouvrage analyse la virtualisation de la fin du XXème siècle comme une poursuite de l'hominisation. Plus récemment, il a publié chez Odile Jacob "Cyberculture" qui se veut un manifeste humaniste de la nouvelle culture en émergence. Son grand projet : élaborer un système philosophique de l'immanence, intrinsèquement hypertextuel, iconique et interactif, une sorte de Yi-King du XXIe siècle, qui devrait être consulté de manière interactive sur le Web, pourrait servir de plaque d'orientation pour des recherches en philosophie et sciences humaines et servir de support à des recherches-actions dans le domaine de l'éducation. Ouvrages
Qu'est-ce que le virtuel ? L'intelligence collective. Pour une anthropologie du cyberespace Les arbres de connaissances, De la programmation considérée comme un des beaux-arts L'idéographie dynamique. Vers une imagination artificielle ? Les technologies de l'intelligence. L'avenir de la pensée à l'ère informatique La Machine Univers. Création, cognition et culture informatique. Lintelligence collective, une nouvelle utopie de la communication ?
b- linfrastructure intellectuelle du cyberespace
b- Ce quelle nest pas . c Vers une nouvelle écologie cognitive
b- Le cyberspace c- Lart du cyberespace b- vers nouvelles formes dapprentissage : lapprentissage ouvert et à distance (AOD), lapprentissage coopératif. c- gestion des savoirs-faire et des compétences ou lintelligence collective dans l' organisation d- une cartographie dynamique de lespace de savoir : cinécartes et arbres de connaissances b- réalité virtuelle et 3D c- un autre exemple actuel dintelligence collective : lessor des logiciels libres d- la nétiquette
b- La nouvelle ingénierie du lien social.
b- Faut-il règlementer et si oui, comment ? b- Le savoir comme nouvelle infrastructure ? c- Luniversel sans totalitarisme d- Une démocratie directe, en temps réel ? Selon Pierre Lévy, lhominisation, le processus démergence du genre humain, nest pas terminé. Après lhomo sapiens voici venu lhomo communicans qui évolue dans le nouvel espace des savoirs. 1- Lanthropologie du cyberespace a- Quest-ce quun espace anthropologique ? "Un espace anthropologique est un système de proximité propre au monde humain, dépendant des techniques, des significations, du langage, de la culture, des conventions, des représentations humaines." Daprès Lévy, lhumanité a connu à ce jour trois espaces anthropologiques successifs, la terre, le territoire, lespace des marchandises, qui se sont superposés les uns aux autres. Le prochain millénaire devrait voir lémergence dun quatrième espace, lespace du savoir qui viendrait subordonner les trois autres. b- Quelles sont les caractéristiques de ces différents espaces anthropologiques ?
Lévy prolonge cette période jusquà la seconde guerre mondiale, et de montrer, que la majeure partie de lhumanité est restée paysanne, et que les bouleversements dempire, les remuements de peuples et quelques innovations techniques ont très peu modifié lordre de cet espace.
Le capitalisme fonctionne dabord, grâce à lEtat territorial, puis lespace des marchandises prend son autonomie par rapport au territoire. Ainsi, la richesse ne vient plus de la maîtrise des frontières, mais du contrôle des flux, cest le règne de lindustrie au sens large, industrie de la matière mais aussi de linformation. " le capitalisme transmute en marchandise tout ce quil parvient à entrainer dans ses circuits ". Dans cet espace, lidentité sociale est définie par le travail, la participation à la production et aux échanges économiques. Cet espace voit le règne de la science expérimentale, puis après la Seconde Guerre mondiale de la "technoscience" toute puissante, "mue par la dynamique permanente de la recherche et de linnovation économique". Ainsi, le mouvement de lindustrie et du commerce a été pendant trois siècles le moteur principal de lévolution des sociétés. Aujourdhui, le capitalisme est léconomie.
En effet, laugmentation des flux dinformation, et la rapidité du processus dobsolescence de cette information dans les domaines scientifiques, techniques, économiques, professionnels, oblige les individus à se doter de nouveaux instruments de navigation pour capturer linformation pertinente au sein de ces flux dinformation en perpétuel mouvement, et à sassocier en réseau dinnovation. Dans son analyse anthropologique, Lévy se garde de tout déterminisme technologique, il sattache en effet à montrer que le mouvement des innovations technologiques accompagne les transformations culturelles de la société "les espaces anthrolpologiques se pensent eux-même avec leurs propres outils", et qu'à chaque espace anthropologique correspondent des modes caractéristiques dacquisition des connaissances. Aujourdhui, lhomo sapiens est confronté à une modification rapide de son millieu. Au-delà de la veille informationnelle, Lévy affirme la nécessité de penser ensemble lorganisation de la société de demain, et pour cela il prone lusage de dispositifs qui contribueront à la production dune intelligence collective. En effet, la coordination en temps réel de cette intelligence dispersée dans chaque individu "ne peut reposer que sur les technologies numériques de linformation, au delà dun certain seuil quantitatif". Ces technologies de lintelligence ouvrent une autre dimension à la communication, elles seront :
2- Les technologies de lintelligence Lobjet nest pas ici de dresser le panorama des différentes technologies qui existent actuellement. Il ne sagit pas non plus de retracer toute lhistoire de linformatique. La question se pose de savoir comment les nouvelles technologies rendent possibles lémergence de lintelligence collective. a- Linfrastructure matérielle du cyberespace Le cyberespace ne pouvait voir le jour quavec lavènement dune certaine forme duniversalité technologique. Celle-ci fut atteinte avec linterconnexion et la numérisation. linterconnexion comme infrastructure du cyberespace Le développement de linformatique et son succès peuvent se résumer par lexistence de trois tendances inéluctables:
Mais ce schéma ne suffit pas à tout expliquer. Le cyberespace résulte surtout de linterconnexion mondiale des ordinateurs. Celle-ci résulte de la construction dinterfaces, cest à dire de dispositifs permettant la mise en relation de deux systèmes favorisant léchange de données. On distingue les interfaces logicielles qui relient différents composants de programmes, comme un traitement de texte et une base de données, et les interfaces qui correspondent à tous les dispositifs permettant le dialogue entre lhomme et la machine, comme les fenêtres de dialogues. Linterface est donc un des facteurs fondamentaux de linterconnexion. Mais il en existe un autre : le numérique.
Pour Lévy, le numérique nous fait entrer dans une autre ère. Pour Lévy, on passe dune technologie molaire à une technologie moléculaire. Quest-ce quune technologie moléculaire ? "Par opposition aux technologies "molaires " qui prennent les choses en gros, en masse, à laveugle, de façon entropique, les technologies "moléculaires " adressent très finement les objets et les processus quelles contrôlent " (p.51 - Lintelligence collective). C'est un mouvement technique vers la finesse, qui sadapte parfaitement aux microstructures. Au niveau des sciences de la matière, cela correspond aux technologies dites "froides" représentées par les nanotechnologies. Celles-ci permettent un contrôle de la matière à léchelle microscopique grâce à un assemblage de molécules atome par atome. Elles permettent une appréciation qualitative grâce à une très grande précision des microstructures. Les technologies moléculaires exploitent "au plus juste" chaque ressource de façon indépendante et rendent nuls les risques de gaspillage. Au niveau des sciences de linformation, trois groupes sont à distinguer : les techniques somatiques, médiatiques et numériques. Les techniques somatiques sont celles qui engagent le corps pour la production de signes ; ex : la voix, la danse. Avec lavènement du numérique, le montage peut porter sur dinfimes fragments du message. Linformatique est en cela une technologie moléculaire, car elle permet de retraiter linformation quasiment bit par bit. Le récepteur nest donc plus cantonné à un rôle passif, il peut retravailler les documents à linfini. Cette implication toujours plus grande du récepteur se traduit également par lutilisation de lhypertexte. Tableau des grandes évolutions technologiques
In " Lintelligence collective ", Pierre Lévy, éd. La Découverte, 1990, p.64
La thèse de Shannon se doit donc dêtre réactualisée. Le canal ne suffit plus à expliquer la circulation des informations. Les différents acteurs se sont démultipliés. Avec le cyberespace, lémetteur comme le récepteur peuvent être composés de plusieurs éléments sans cesse nouveaux par le biais de lhypertexte. Le signal se trouve donc alimenté par différentes sources extérieures. Il ne sagit pas de "bruit" venant parasiter la transmission de linformation mais bien au contraire de compléments venant lenrichir et, par là-même, permettre de lutter contre lentropie. La nature du canal sen trouve changée. Sa vision ne doit plus être linéaire. A regarder les nuds qui forment le réseau, parler de circonvolutions serait plus approprié. Sommes-nous en train de vivre une révolution comparable à celle du passage des cultures orales aux cultures de lécriture ? Pour Lévy cela ne fait aucun doute : "lémergence du cyberespace, en effet, aura probablement a même déjà aujourdhui sur la pragmatique des communications, un effet aussi radical que leut en son temps, linvention de lécriture." (p.131 - cyberculture). Au même titre que limprimerie, loutil numérique transforme radicalement les modes de transmission de linformation. b- linfrastructure intellectuelle du cyberespace "le cyberespace nest peut-être que lindispensable détour technique pour atteindre lintelligence collective"
Ces nouveaux moyens ne pouvaient apparaître quen corrélation avec lévolution des murs face aux nouvelles technologies.
Il fallait des outils permettant de valoriser les richesses intellectuelles personnelles. Le cyberespace constitue donc linfrastructure de lintelligence collective. 3- Le concept dintelligence collective Ainsi, de et dans l'espace marchand en crise, émerge l'espace du savoir où les échanges ne portent plus sur des biens matériels ou leur contrepartie monétaire mais sur les discours et les pensées. Cet espace encore en genèse sappuie sur les nouvelles technologies de l'information et constitue l'enjeu essentiel des mutations économiques et culturelles de la fin du 20e siècle. P. Lévy met en évidence les potentialités, encore insoupçonnées pour la plupart, des technologies de l'information, et en particulier de l'établissement d'un réseau informatique et multimédia à l'échelle planétaire, il évoque l'émergence d'une intelligence collective, productrice d'un savoir de type nouveau qui constituera la matrice d'une civilisation nouvelle. a - Qu'est-ce que l'intelligence collective ? Lintelligence collective consiste à mobiliser au mieux et à mettre en synergie les compétences des individus, en partant du principe que chacun sait quelque chose, est doué de compétences et de savoir-faire. Cest le projet, d' "une intelligence partout distribuée, sans cesse valorisée, coordonnée en temps réel et qui aboutit à une mobilisation effective des compétences individuelles ". ("lintelligence collective ", p. 29) A ceux qui seraient tenter de penser que tel ou tel ne sait rien, Lévy conseille de chercher dans quel contexte ce quil sait vaut de lor
Le projet de l'intelligence collective veut donc promouvoir dans les écoles, dans les quartiers, dans les entreprises, la reconnaissance des compétences et des savoirs déjà acquis. On brisera le cercle vicieux de la (dé)disqualification, par l'expression, l'écoute et la requalification. Les médias classiques (relation un-tous) instaurent une séparation nette entre centres émetteurs et récepteurs passifs isolés les uns des autres. Le téléphone (relation un-un) autorise une communication réciproque, mais ne permet pas de vision globale de ce qui se passe sur l'ensemble du réseau ni la construction d'un contexte commun. On approche d'une infrastructure pour l'intelligence collective grâce à un troisième dispositif de communication, structuré par une relation tous-tous : le "cyberespace", dans lequel chacun est potentiellement émetteur et récepteur dans un espace différencié, non figé, aménagé par les participants, explorable. " Le cyberspace, espace mouvant des interactions entre connaissances et connaissants de collectifs intelligents déterritorialisés. " (IE, p.30) Question capitale qui na pas uniquement pour enjeu une meilleure gestion des compétences dans les entreprises et organisations, mais aussi une dimension " éthico-politique " de lutte contre lexclusion.
En effet, lintelligence collective, nous lavons vu, commence et croît avec le savoir et ne résulte pas mécaniquement dactes automatiques.
" On passe du cogito cartésien au cogitamus " c Vers une nouvelle écologie cognitive Tous ces éléments disparates (pensée individuelle, institutions, techniques de communication) sarticulent, selon Lévy, pour former des "collectifs pensants hommes-choses". D'un point de vue général, l'écologie cognitive, qui suppose l'examen des dispositifs, des agencements, des réseaux, de leur(s) pragmatique(s) interne(s), des conditions de production de transmission-propagation et d'émergence des énoncés, des textes, des discursivités de toutes sortes, consiste à prendre comme objet autrui, comme fondement, condition de possibilité des modes de perception, des formes de pensée, de réflexion. Elle se consacre à létude des interactions entre les déterminants biologiques, sociaux et techniques de la connaissance. Dans lécologie cognitive de Lévy, autrui devient ces collectifs " bigarrés, mélangés " définis plus haut. Déjà, une nouvelle écologie des médias s'organise autour de l'extension du cyberespace. Chaque connexion supplémentaire ajoute de l'hétérogène, de nouvelles sources d'information, de nouvelles ouvertures, si bien que le sens global est de moins en moins lisible, de plus en plus difficile à circonscrire, à clore, à maîtriser. Doù un accroissement de lentropie informationnelle qui rend possibles toutes les méprises en vertu de ladage bien connu selon lequel trop dinformation tue linformation. Le World Wide Web - cet immense " hyperdocument en transformation permanente, continuellement alimenté par des inputs venant absolument de toutes les parties du monde et interconnecté constamment avec sans arrêt de nouveaux liens qui se créent à l'intérieur de cet immense hyperdocument créé par des gens du monde entier " - est une illustration matérielle de ces "collectifs" : pas de centre du réseau, pas de sens unique. Des règles vont devoir être trouvées (infoéthique, nétiquette) pour éviter les débordements. Le virtuel doit obéir à des règles précises au même titre que le réel. Dans les faits, les mondes virtuels deviendront progressivement partie intégrante du "décor", comme lordinateur fait aujourdhui partie des meubles ; ils composeront notre environnement social proche et cognitif. Dès lors, le virtuel aura dune certaine façon rejoint le réel. II Us et coutumes de lintelligence collective 1- Quest-ce que la cyberculture ? "Cest une transformation de la notion même de culture." "Loin de disloquer le motif de la tradition, la cyberculture lincline dun angle de quarante-cinq degrés pour la disposer dans lidéale synchronie du cyberespace. La cyberculture incarne la forme horizontale, simultanée, purement spatiale de la transmission. Elle ne relie dans le temps que par surcroît. Sa principale opération est de connecter dans lespace, de construire, détendre les rhizomes du sens. " Cette culture particulière se caractérise par la notion duniversel sans totalité, véritable paradigme unificateur de toutes les valeurs qui sous-tendent la cyberculture. Cet universel sans totalité sentend aisément sur le plan technique, il sagit dun réseau dépourvu de centre dont les usagers utilisent le même protocole de communication, le TCP/IP, qui leur permet de mettre en relation leurs machines et donc leurs personnes. Sur le plan idéologique, cet universel sans totalité illustre la vocation première du cyberespace qui est dexprimer la diversité de lhumain, de permettre que "chaque nud du réseau peut devenir producteur ou émetteur dinformations nouvelles". Les frontières de la cyberculture, du cyberespace, sont indéfinies, intotalisables, constamment élargies par de nouveaux liens, "chaque fois que vous avez un nouveau noeud dans le réseau, un nouveau site, (...), vous avez une nouvelle source dhétérogénéité et de diversité". La cyberculture se virtualise dans une nouvelle dimention : le cyberespace. Une des thèses de Lévy à propos de la cyberculture est que le cyberespace "dissout la pragmatique de communication qui, depuis linvention de lécriture, avait conjoint luniversel et la totalité". Certes, il ny a pas duniversalité sans écriture, cest lécriture qui a permis détendre lespace de communication en donnant la possibilité aux messages écrits de subsister en dehors de leur contexte démission et de récéption, or Lévy remarque que cette prétention à luniversalité de lécriture et aujourdhui des nouveaux médias de masse saccompagne dune dangereuse tentation totalisante celle d "instaurer en chaque lieu le même sens". Aujourdhui, la croissance dInternet et de la culture numérisée, réalise une forme duniversel qui ne totalise pas le sens. Ainsi, le cyberspace "ramène à une situation davant lécriture du fait de la mise en réseau des intelligences, il ny a plus démission dun message hors contexte." (...) " Quel que soit le message, il est connecté à dautres messages à dautres commentaires, à des gloses en évolution constante, aux personnes qui sy intéressent, aux forums, .. " Quelquefois un site peut même être intégré à un système de liens hypertexte sans que son émetteur le sache. Le cyberespace peut se concevoir comme un immense hyperdocument au sein duquel chacun peut prendre ou apporter sa part. "Le patrimoine commun passe sous la responsabilité de chacun (...), cest la pensée qui pérennise, invente et met en mouvement celle de la société." Les réseaux de communication engloberont bientôt la majorité des représentations et des messages en circulation sur la planète. Lextension de la cyberculture croît au rythme de la numérisation des informations et des uvres. Bien plus quun support de transmission de linformation multimédia, le cyberespace inaugure pour Lévy de nouveaux modes de production et de réception des oeuvres.
Quil sagisse du texte, de la musique, ou de limage, ces formes nouvelles dagencement de linformation conditionnent à leur tour des modes nouveaux de lecture et de capture de la part dun public qui nen est plus vraiment un. En effet, le spectateur est directement impliqué dans le processus dactualisation de luvre (affichage, déroulement, édition). Lévy assimile cette action sur luvre à une forme primaire de co-production. De fait, la création seffectuerait de plus en plus sur des modes collectifs, collaboration entre collectifs dartistes, entre artistes, entre artistes et spectateurs incités à simpliquer de plus en plus dans le processus de création de luvre. Cette tendance conduirait à une relativisation de la signature de lartiste, et à terme de limportance de la notion même dauteur. Dans un deuxième temps, on assiste à une relativisation du sens de luvre, corrélative de son ubiquité, de son immanence. Ainsi la connexion de luvre aux autres uvres du réseau saccompagnerait dune détotalisation de celle-ci. Une fois en ligne, luvre échappe au contrôle de son créateur, elle est capturée puis réappropriée par dautres ; de fait la signification de luvre reste ouverte et multiple. Enfin, le processus de création sinscrit dans une nouvelle temporalité, luvre nen finit plus dévoluer, de se décliner, darborer de nouvelles formes au gré de ses nombreux interprètes. Le propos du travail artistique se déplacerait ainsi sur lévènement (uvre-processus, uvre-évènement) Le cyberespace se présente comme un gigantesque attracteur culturel en garantissant limmanence de luvre et donc une forme particulière duniversalité par cette présence ubiquitaire quelle occupe alors sur le réseau. A ce titre, Lévy prévoit que la nouvelle architecture du cyberespace sera sans doute lun des arts majeurs du XXI e siècle, et de souligner le rôle prépondérant de ceux qui produiront les "environnements de pensées, de perception, dinterfaces, daction et de communication" de demain. " Voici le cyberespace, le pullullement de ses communautés, le buissonnement entrelacé de ses uvres, comme si toute la mémoire des hommes se déployait dans linstant : un immense acte dintelligence collective synchrone. " 2- Les nouveaux rapports aux savoirs Mutation contemporaine du rapport au savoir : Trois constats :
Que faire ? Les parcours et profils de compétences sont de moins en moins canalisables. Il faut construire de nouveaux modèles de lespace des connaissances a - Le deuxième déluge et l'inaccessibilité du tout : de linterconnexion chaotique à lintelligence collective Pour Lévy, le Web est un des principaux axes de développement du cyberespace. Chaque élément y est à la fois un paquet d'information et un instrument de navigation, une partie du stock et un point de vue original sur le dit stock. Sur le Web, tout est sur le même plan et cependant tout est différencié. Il n'y a pas de hiérarchie absolue, mais chaque site est un agent de sélection, d'aiguillage ou de hiérarchisation partielle. Pour pallier la confusion qui peut sensuivre, de nouveaux instruments d'indexation et de recherche doivent être inventés, (cf ses travaux sur la cartographie dynamique des espaces de données (arbres de connaissances, U-Map de Trivium par ex ., les "agents" intelligents ou le filtrage coopératif des informations).
Lévy en est bien conscient, mais la tâche semble être trop lourde pour un humain : le médiateur sera technique, car seules les machines sont capables de calculer et recalculer en temps réel le "discours-paysage" du groupe en déformant le moins possible la singularité des énoncés individuels.
Navigation, surf, ces métaphores du rapport au savoir donnent une bonne indication de ce que devra être notre attitude face au déluge : capacité à affronter les vagues, les remous, les courants et autres embûches sur une étendue plane, sans frontière, toujours en mouvement. Le savoir est détotalisé, fluctue et nous nous sentons désorientés. Il ne faut pas ! L'interconnexion en temps réel de tous avec tous est à la fois la cause du désordre et son remède : c'est grâce à elle que lon peut trouver des solutions pratiques aux problèmes d'orientation et d'apprentissage dans " l'univers du savoir en flux ". En effet, linterconnexion favorise, comme nous lavons vu, les processus d'intelligence collective . Partant de là, l'intelligence collective (à savoir, répétons-le, la valorisation, l'utilisation optimale et la mise en synergie des compétences, des imaginations et des énergies intellectuelles, dans toute leur diversité et où qu'elles se situent) doit être le nouvel idéal mobilisateur. Il passe donc par la mise en commun de la mémoire, de l'imagination et de l'expérience, par une pratique banalisée de l'échange des connaissances, par de nouvelles formes d'organisation et de coordination souples et en temps réel. Les nouvelles techniques de communication favorisent le fonctionnement des groupes humains en intelligence collective, mais ne le rendent pas inéluctable. Les freins sont nombreux : défense de pouvoirs, rigidités institutionnelles, inertie des mentalités et des cultures Cependant le cyberespace, le Web si lon veut, interconnexion des ordinateurs de la planète, tend, pour Lévy, à devenir l'infrastructure majeure de la production, de la gestion et de la transaction économique. Il constituera bientôt le " principal équipement collectif international de la mémoire, de la pensée et de la communication ", il sera le " médiateur essentiel de l'intelligence collective de l'humanité ". Avec ce nouveau support d'information, des genres de connaissances et des critères dévaluation inédits naissent ainsi que de nouveaux acteurs dans la production et le traitement des connaissances. Les système éducatifs et les entreprises doivent en tenir compte. b- Vers de nouvelles formes dapprentissage : lapprentissage ouvert et à distance (AOD), lapprentissage coopératif. Les systèmes éducatifs sont aujourd'hui soumis à de nouvelles contraintes de quantité, de diversité et de vitesse d'évolution des savoirs.
On ne pourra pas augmenter le nombre d'enseignants proportionnellement à la demande de formation qui est, dans tous les pays du monde, de plus en plus diverse et massive. La question du coût de l'enseignement se pose notamment dans les pays pauvres. Il faudra donc bien se résoudre à trouver des solutions faisant appel à des techniques capables de démultiplier l'effort pédagogique des professeurs et des formateurs. Les écoles et universités "virtuelles" coûtent moins cher que les écoles et les universités en béton délivrant un enseignement en "présentiel" : Audiovisuel, multimédia interactif, enseignement assisté par ordinateur, télévision éducative, câble, techniques classiques de l'enseignement à distance reposant essentiellement sur l'écrit, tutorat par téléphone, fax ou internet
Le cyberespace peut permettre un accès à la fois massif et personnalisé à la connaissance (Internet dans les Universités et les écoles primaires et secondaires accès au Web, programmes éducatifs, "tutoring" intelligent " par courrier ou conf. Electronique - ; supports hypermédias (cd-rom, bdd multimédia interactives ; simulation/réalité virtuelle) Breton, lui, cite Nicholas Negroponte, qui dans L'Homme numérique, se désole, que tant de gens lisent le même journal. Car chacun a la possibilité de composer son propre journal sur les réseaux : " Mon monde " composé par un un " agent d'interface ", capable d'aller chercher les informations répondant aux critères personnalisés de l'utilisateur. Pour lui, à l'évidence, ce type de dispositif rejoint la croyance que le savoir (la connaissance) n'est pas autre chose qu'une certaine combinaison d'informations. Mais, plus gravement peut-être, il menace le lien, la communauté que peut créer la lecture partagée. Sous le nom d'" interactivité ", il s'agit de valoriser la personnalisation. Ce qui n'est pas sans évoquer un certain discours des années 70 sur l'enseignement assisté par ordinateur (EAO), prônant également l'individualisation de la pédagogie. Pour Breton, une confusion entre information et connaissance, pour des raisons qui sont souvent d'un ordre marchand, se développe. Car la connaissance n'est pas un stock, un produit fini et stable. Il est frappé par l'actualité de la position de Socrate, qui disait : l'écriture ne peut saisir le savoir, car le savoir, contrairement à l'information, n'existe pas en dehors de l'homme. Il pense que la vogue actuelle du multimédia éducatif joue de cette confusion. Il y a effectivement un problème d'accès au savoir aujourd'hui, une inégalité dans le partage du savoir. Et, dès lors, le multimédia incarne l'illusion d'une sorte de prêt-à-porter : non seulement il permettrait d'accéder aux informations qui sont à la base du savoir du monde, mais il éveillerait aussi le désir de ce savoir. Or, encore une fois, l'accès à des informations stockées, aussi utile qu'il soit, ne constitue pas la connaissance. Lévy, lui, sadapte à son temps, ne remet pas en question des processus de toute façon déjà enclenchés. L'apprentissage à distance (AOD) est, selon lui, promis à un bel avenir. Ses caractéristiques sont semblables à celles de la société de l'information dans son ensemble (société de réseau, de vitesse, de personnalisation, etc.). De plus, ce type d'enseignement est en synergie avec les "organisations apprenantes" qu'une nouvelle génération de managers cherche à mettre en place dans les entreprises (nous y reviendrons).
L'apprentissage coopératif, illustration de lintelligence collective dans léducation semble une voie prometteuse. ('apprentissage coopératif assisté par ordinateur (en anglais : Computer Supported Cooperative Learning ou CSCL) ; dans les nouveaux "campus virtuels", les professeurs et les étudiants mettent en commun les ressources matérielles et informationnelles dont ils disposent. Les professeurs apprennent en même temps que les étudiants et ils mettent à jour continuellement aussi bien leurs savoirs "disciplinaires" que leurs compétences pédagogiques - la formation continue des enseignants est dailleurs une des applications la plus évidente des méthodes de l'apprentissage ouvert et à distance). c- Gestion des savoir-faire et des compétences, ou lintelligence collective dans lentreprise (ou organisation)
Partant du raccourci selon lequel le moteur le plus fort de la compétitivité, cest la compétence, nous reviendrons sur la notion de compétence, il devient urgent, dans un contexte de mondialisation, dhyper-concurrence, de la valoriser, la gérer, la capitaliser, bref tous ces mots dordre un peu "tarte à la crème" des méthodes de management ou des entreprises en pointe. Il en va ni plus ni moins de la survie, de la perennité, de la croissance des entreprises. Il faut donc que sinstaure une "économie de la connaissance".*
Limplication/responsabilisation des personnes devient un partage et un échange sur la compréhension des enjeux, les processus d'action, et la co-élaboration de ces visions. Les compétences de chacun valorisées : " la recherche de lintérêt individuel participe de lintérêt collectif " Authier et Lévy ont-ils fait école, ou ont-ils judicieusement tiré les enseignements des méthodes adoptées par des entreprises innovantes en matière de management, dans la Silicon Valley notamment audébut années 70 (voir " les Technologies de lintelligence ", P. Lévy)? Toujours est-il que les concepts quils proposent ont trouvé une large audience : les cabinets de conseil mettent tous à leur catalogue ces notions dentreprises apprenantes, de fonctionnement en réseau, le management par projet ou lorganisation matricielle, cest-à-dire un management de coopération basé sur la compétence, la relation et la formalisation dengagements réciproque. Les principes de "bonne organisation" font aujourdhui de lentreprise une organisation : recentrée sur un métier ( développement de compétences "locales") coopérante, cest-à-dire couplant, grâce aux réseaux techniques ou sociaux, la façon dont, en interne, loffre se constitue, et, en externe, la demande évolue (étendre la portée des compétences locales au niveau macroéconomique) qualifiante, apprenante (organisation conçue en fonction des compétences présentes des personnes quelle emploie, et de manière à les développer continuellement ; mise en relation des savoirs, de façon à faire émerger de son fonctionnement-même les compétences)
La représentation de la capitalisation des connaissances : On peut distinguer trois âges dans lhistoire de la gestion des connaissances : 1940-1950 : naissance de linformation la cybernétique, prise de conscience de lexistence et de la valeur de linformation dans lactivité économique. 1948 : Shannon publie sa théorie mathématique de la communication ; elle se focalise sur lefficacité de la transmission dun message dans un système ; sintéresse à la forme , non au contenu. Invente le "bit" = quantité dinformation contenue dans le choix élémentaires entre deux possibles probables. 1948 : Wiener publie "Cybernetics". La cybernétique peut être définie comme létude des communications, du contrôle, du commandement densembles organisés, quils soient naturels, techniques ou sociaux. 1948 : Von Bertalanffy écrit une théorie du système général Dans le même temps, développement de la psychologie behavioriste puis cognitiviste : toutes deux reposent sur lidée dun décideur sans contexte. Large audience en économie ou en gestion (théories de la décision individuelle ou organisationnelle encore admises de nos jours) La cybernétique permet le développement rapide doutils de calcul numériques, de techniques dorganisation des flux dinformation au sein des grandes organisations. Du point de vue économique, deux faits majeurs : taux de croissance exceptionnels, rythme dinnovations techniques et organisationnelles soutenu. Grâce aux cybernéticiens, linfo devient lune des trois composantes de lunivers à côté de la matière et de lénergie. Les économistes intègrent linfo dans leur description du système économique. Par ex. JL Maunoury qui définit le savoir comme lensemble des connaissances disponibles pour une période donnée. Dans ces conditions, la capitalisation est un processus dincrémentation dun stock de savoir. Représentation de la capitalisation des connaissances : de type cinématique. Assimile linformation à un flux et le savoir à un stock. 1960-1980 : naissance du savoir Les économistes resserrent leur point de vue et cherchent à apprécier le rôle du savoir scientifique et technique produit et accumulé par les activités de R&D. Ce qui expliquait la croissance ou la compétitivité dune nation était la croissance du stock dune information particulière, à savoir linfo scientifique et technique. Son volume produit dépendait du volume de facteurs engagés dans les activités de R&D : effectifs de chercheurs, dépenses R&D, etc Représentation capitalisation : affine la précédente en lui conférant en outre un caractère dynamique (en amont, lors de la constitution du flux dinfo, le progrès technique résulte à la fois dun processus de maturation, et du degré de proximité entre offreurs de R&D, susceptibles dinfluencer les effets "boule de neige" davancées scientifiques doù la création des technopoles ; en aval, la vitesse découlement des flux cest-à-dire la vitesse de diffusion de nouveaux savoirs, dépend à la fois de la densité des liens entre offreurs et demandeurs de R&D et du degré dincitation, de la volonté des politiques technologiques et des politiques de transfert de technologie publiques et privées.) Depuis 90 : naissance de la compétence Remise en cause de cette hypothèse (les Etats-Unis disposent du leadership scientifique mondial, dune position dominante dans les industries de linformation, et connaissent au cours des années 80, de fortes dégradations de leurs positions compétitives, y compris dans les secteurs de haute technologie (cf rapport Made in America, InterEditions 1990) Dautres concepts doivent donc être cherchés pour expliquer comment une nation acquiert un avantage compétitif durable. Parmi ces concepts, la vedette cest incontestablement la compétence. ! Représentation capitalisation : de type "actionnaliste". Il ny a plus de possibilité de mesure universelle et unique de la performance cognitive, elle se cantonne à des indicateurs contextuels et multiples. Capitaliser consiste à offrir à un "acteur", une sorte de "germe" à partir duquel ses compétences propres pourront se développer et lui permettre dacquérir un avantage ou sur les acteurs avec lesquels il entre en compétition, ou un "bagage" pour interagir. Les trois âges de la capitalisation des connaissances*
"Notion transversale, ambiguë, sorte de mot-éponge qui sest généralisé en éducation, en formation et dans lentreprise ", cest lintroduction à la notion dans un numéro spécial de la revue Sciences Humaines (févr. 96). On peut lui trouver, cependant, trois caractéristiques : elle concerne une action précise (ex : concevoir et fabriquer une voiture), elle est relative à un contexte donné (concevoir de façon concourante et fabriquer pour le meilleur rapport qualité/prix une automobile répondant à des contraintes esthétiques, denvironnement, doriginalité cest lexemple de la Twingo) ; elle résulte dune interaction entre plusieurs types de savoirs (les connaissances déclaratives (lois physiques, réglementations, normes, etc ), le savoir-faire (règles de lart, styles de conception, etc ), les capacités cognitives et capacités à juger sa capacité de faire une action (conatives), le savoir-être. La compétence requiert un savoir-faire, au sens large, mais aussi elle est le résultat dun processus de socialisation de laction. Lacquisition des compétences est tout autant sinon plus affaire dorganisation et de reconnaissance sociale que de formation. Lévy et son compère Authier ont parfaitement assimilé (ou est-ce une géniale intuition ?) la nouvelle donne du jeu économique et social. Devinant lessor formidable des réseaux, et du Web en particulier, ils ont mis au point un projet centré sur lindividu, humaniste, et sont allés jusquà l "outiller". Cest ce que nous allons voir. d- Une cartographie dynamique de lespace de savoir
" Image plurielle, la cosmopédie est le tissu médiateur entre lintellectuel collectif et son monde, lintellectuel collectif et lui-même. " Lunivers des communautés virtuelles serait semblable à celui dune image explorable et mouvante du monde, " un des lieux de formation du tiers-instruit " selon Michel Serres, pour qui la " cosmopédie " est la " messagerie (groupware) de forme hypertextuelle et hypericônique à très grande capacité de mémoire " où " tout le travail de référence et de mise en contexte devient inutile. La structure en groupware permet de faire une fantastique économie décriture. La cosmopédie est comme un espace relativiste courbé par la consultation et linscription. La réponse de la cosmopédie doit se formuler dans le style de la question ". Or, cette notion de "lieu" reste très forte. Dans le cyberespace, où sommes-nous ? comment nous situons-nous ? comment naviguons-nous ? Authier et Lévy inventent la cinécarte, linstrument de navigation dans lEspace du Savoir. " La cinécarte est l'image dynamique du discours collectif de la communauté sur elle-même et ses objets. Elle visualise les relations du collectif sujets-objets-langage. Elle autorise une exploration et une communication par proximité dans un espace continu. Elle organise dynamiquement les objets en fonction des descriptions qu'en font les sujets. Elle évalue dynamiquement les éléments du "territoire" en fonction de leurs descriptions et des transactions dont ils font l'objet. Elle permet aux sujets de se situer et de s'orienter entre eux et par rapport aux objets. Elle ouvre entre les sujets un espace de communication et de négociation de leur "langage cinécartographique". "
Il s'agit d'une méthode informatisée pour la gestion globale des compétences dans les établissements d'enseignement, les entreprises, les bassins d'emploi, les collectivités locales et les associations. Larbre de connaissances comme outil dautogestion des apprentissages et de la formation
3- Lintelligence collective dans les faits : " le deuxième monde " et autres prototypes de mondes virtuels Quelles sont les formes actuelles de télépresence, autrement dit comment sorganisent les rencontres, de cette société "fortement communicante faiblement rencontrante" ? a- Agoras virtuelles ou forums de discussion
Ladministrateur du forum peut à tout moment déconnecter un des participants si celui-ci, ne respecte pas un certain nombre de règles proches du savoir-vivre, Comme dans une discussion réelle, lorsque lon arrive dans la discussion, on essaye dy apporter quelque chose !
" ces mémoires communes sécrétées collectivement dans les conférences électroniques des babillards, ou les newsgroups d'Internet, dont la liste changeante dessine une carte dynamique des intérêts de communautés vibrionnantes, sortes d'encyclopédies vivantes. " Le point commun des nouvelles formes d'intelligence collective est pour Lévy la structure de communication "tous-tous". Selon des modalités encore primitives, mais qui s'affinent d'année en année, le cyberespace offre des " instruments de construction coopérative d'un contexte commun dans des groupes nombreux et géographiquement dispersés. "
En effet parmi les usages extrêmement répandus, les "mondes parallèles" fleurissent sur le réseau. "Avez-vous un avatar ?" Un avatar, c'est votre représentation physique dans les communautés virtuelles du cyberespace... A l'origine, le mot vient de l'hindi "avatara" qui signifie "descente du ciel sur la terre". Les dieux de l'Inde, et en particulier Vishnu, se servaient de divers avatars ils s'incarnaient en vache, en éléphant ou même en légère brise pour venir visiter la Terre, le monde inférieur qu'ils avaient créé. Les communautés virtuelles que nous propose Internet sont pour l'instant plus pacifiques. "Bonjour, monsieur le poisson !". Le nombre de leurs membres, aux USA, est actuellemen |